Écrire une pièce de théâtre musical féministe: Inspiré du texte La Coalition de la robe

Au courant du printemps dernier, je suis tombée sur un livre qui renfermait plus d’informations pertinentes que son volume ne le laissait paraître. Une toute petite plaquette remplie de faits, réflexions, conseils et constats par rapport au théâtre québécois et à la situation des femmes dans le domaine. Trois d’entre elles ont été confrontées, au courant de leur formation et de leur carrière, à du sexisme et de la discrimination de genre dans la pratique du théâtre au Québec. C’est un pan de la culture qui reste ancré dans un patriarcat persistant, dans le conventionnalisme et l’écriture classique qui ont mal vieillis.

 

Ce que j’essaie de dire, c’est que ces trois actrices ont mis le doigt sur le bobo: il y a peu de rôles pour les femmes et ceux qui existent sont beaucoup moins intéressants que ceux dont les acteurs profitent. Le problème ne vient pas d’une discrimination flagrante de la part des producteur.trices, distributeur.trices ou metteur.es en scène, mais plutôt du fait que les pièces jouées ne sont pas écrites avec des rôles féminins forts, indépendants et profonds. Elles sont « la femme de », « la fille de », « la sœur de », mais très peu souvent une politicienne, une écrivaine ou une médecin tout simplement.

 

Dans mon dernier article, je prescrivais aux femmes et aux minorités de prendre le crayon pour se mettre en scène soi-même. Eh bien, je me prête à l’exercice et vous fais part des réflexions qui occurrent lorsque l’on désire écrire du théâtre musical féministe. Pour cela, j’utiliserai les conseils du livre La Coalition de la robe qui nous guide vers une écriture féministe et inclusive.

 

C’est sur une seule page, qu’on nous demande de découper et de coller sur le frigo, que se trouve tous ces fabuleux conseils. Je la coupe avec beaucoup d’émoi – je déteste malmener un livre, mais je suis les instructions à la lettre – et je la fixe au réfrigérateur pour m’imprégner de ces idées. On peut y lire d’abord: « Petit guide pratique pour un théâtre féministe: orienter ses lectures, lire du théâtre, s’intéresser aux autres formes d’art. » Check. Check. Et check. J’étudie à la mineure en études féministes des genres et des sexualités à l’UdeM, je n’ai pas de mérite. Ensuite, je me penche sur les sections « En tant qu’auteur.e », « En tant que metteur.e en scène » et « En tout temps » : petits paragraphes qui me seront précieux tout au long de ma rédaction.

 

« En tant qu’auteur.e, inspire-toi de théories, n’aie pas peur. Fais-tu bouger le statu quo ou l’aides-tu à se consolider? Assumes-tu la scène de théâtre comme un espace alternatif ou ramènes-tu des images remâchées de la culture des médias de masse et des lieux communs télévisuels? Et si tu le fais, es-tu vraiment sûr.e qu’il y a un 2e degré? »

L’idée de s’inspirer des théories n’est pas bête; j’ai tellement lu d’ouvrages théoriques au sujet du féminisme qu’il serait effectivement intéressant de voir comment la fiction pourrait traduire la pensée de Judith Butler (le concept de genre), de Kimberlé Crenshaw (l’intersectionnalité) ou de Donna Haraway (Manifeste du Cyborg). Aussi, faire bouger le statu quo implique de faire les choses différemment, comme par exemple, mettre en scène la violence avec seulement des personnages féminins (un peu comme le fait Virginie Despentes dans Baise-moi). Ou encore, décrire la vulnérabilité à travers un personnage masculin. Plusieurs choses sont possibles quand on utilise le théâtre comme espace alternatif, pour faire advenir ce qui n’existe pas dans la réalité et ce que l’on critique. L’idée serait alors de m’éloigner le plus possible de ce que j’ai vu des millions de fois dans les médias.

 

En lien avec ce questionnement important, le texte mentionne aussi la participation du/de la metteur.e en scène en vue d’une démarche féministe. En fait, l’idée reste encore d’être à l’affût de la perpétuité d’un modèle précis et d’aller à contre-courant en laissant la place à la subjectivité de la distribution; c’est-à-dire, telles que l’écrivent les autrices, en tant que metteur.e en scène « choisis-tu ta distribution et ton équipe pour leur manière propre de faire avancer l’œuvre? » À proprement parler, si j’écris une pièce je ne suis pas de fait la metteure en scène du projet, mais je peux certainement garder cela en tête. Avoir la perspective d’une mise en scène qui s’inscrit dans la contre-culture me permettrait très certainement de créer des personnages éclatés qui sont plus fidèles à une vision féministe et donc voit à la reconnaissance des inégalités et qui sert un propos plus engagé.

 

Bref, pour écrire une pièce de comédie musicale féministe, je dois retenir ceci du petit aide-mémoire magnétisé à mon réfrigérateur présentement: «En tout temps/ Demande-toi ce que c’est de vivre en situation minoritaire, demande-toi ce que ça peut vouloir dire ‘être cette personne’. » Donc, je veux un personnage principal qui soit une femme alto, qui soit forte, qui n’a besoin d’aucun homme pour accomplir ses objectifs et dont l’orientation sexuelle n’est pas importante. On ne la sexualiserait pas. Elle trouverait réponses aux énigmes par elle-même ou avec l’aide de personnages féminins. Le comble serait qu’elle porte secours à un homme dans un immeuble en feu alors qu’il s’est fait kidnapper par une milice terroriste féminine aux États-Unis. Ça y est… mon crayon écrit tout seul…

 

Portrait de la romancière irlandaise Lady Sydney Morgan (née Owenson; 25 décembre 1781? – 14 avril 1859) par René Théodore Berthon (1776-1859).

 

Couverture du livre illustré par Marie Chénier.