Conseil d’une jeune anxieuse

Est-ce que vous êtes de ces personnes qui désirent ardemment faire partie d’une troupe de théâtre, mais comme vous n’avez jamais vraiment essayé ça, vous vous dites que vous n’avez pas le talent qu’il faut ? Oh, mon dieu ! Vous êtes tellement comme moi ! Du moins, vous êtes tellement comme j’étais avant…

J’ai commencé à faire du théâtre au secondaire. Je ne sais pas vraiment pourquoi honnêtement. J’étais gênée ; je ne pouvais même pas regarder quelqu’un dans les yeux. Pourtant, j’étais drôle et pleine d’esprit. On me disait que j’étais bonne; que je pourrais faire ça de ma vie, un jour! Rendue au cégep, j’ai pris ce chemin qui m’a guidée vers ma véritable passion : la comédie musicale! Je n’avais jamais chanté devant un public. Pour être complètement franche, je pensais que je n’avais pas une bonne voix. J’ai eu mes premiers cours de chant et j’ai dansé sur une chorégraphie pour la première fois à 17 ans. Je ne connaissais rien de rien de l’univers de la comédie musicale, c’était un nouveau monde pour moi.

Après le Cégep, j’étais perdue. Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire de mes jours. J’ai tout arrêté et je me suis trouvé un emploi. C’était une grave erreur : j’étais vide et seule et triste. Une vie sans comédie musicale, c’est poche. Je suis retournée à l’école, à l’Université de Montréal, un an après ma sabbatique. Je n’étais pas au courant de l’existence d’une troupe de comédie musicale à l’UdeM. Je crois, sans blague, que le destin est intervenu à ce moment. Mise en garde : vous êtes sur lepoint d’être témoin de la magie de la destinée. Votre vie ne sera plus jamais la même. Il y avait une affiche sur le babillard dans les escaliers que je descendais à la fin de mon cours! Je ne regarde jamais ces babillards ! Soudainement (le destin), je décide (c’est le destin qui a décidé) de regarder ce babillard (que le destin avait mis sur mon chemin). Il y a le mot « Wicked » qui me saute au visage. La première chose qui me vient en tête, c’est Ron Weasley qui découvre que Harry Potter a bel et bien une cicatrice en forme d’éclair… OK. Non. Ce n’est pas vrai. Je pense bien sûr à la comédie musicale Wicked. À ce point-ci dans ma vie, je l’ai vu deux fois sur scène et j’ai la trame complète sur mon iPhone que j’écoute sans arrêt, je veux jouer dans Wicked! Je réalise au même moment que le dernier jour d’auditions est ce jour même, donc je n’ai pas le temps de niaiser. La tequila et la Heineken vont devoir attendre! Je prends mon cellulaire et j’écris directement :

 

« OMGeee ! Fôt tro ke j’fasse partie d’la troupe, dude!! J’veux full auditionné. Esse k’il reste d’la plasse pour moua, pleazzzzzzzzzz??? » (Mon français  s’est franchement amélioré au cours des dernières années).

 

On me répond quelques heures plus tard :

 

« Gente dame, vous êtes la bienvenue à participer aux auditions. Vous devez avoir une chanson en français, tirée du répertoire de la comédie musicale, de prête et nous vous fournirons un texte à lire. Au plaisir, crumpets et corgis.  Audrée »

 

Je me retrouve donc chez moi, sans chanson de prête, sans aucune idée de ce qui m’attend. Il va falloir que je chante a cappella, je n’ai pas le temps de me trouver une track. Pas stressant du tout! Je choisis de chanter un extrait de Le Monde est stone de Starmania, qui est une de mes chansons préférées et aussi – fait intéressant – la chanson la plus déprimante sur Terre. Je ne connais personne qui auditionne pour cette comédie musicale. Ça veut dire que je ne connaitrai personne dans la troupe et donc, qu’il va falloir que je me fasse des amis.

 

Arggg.

 

J’arrive au Centre d’Essai de l’Université de Montréal. Je ne suis pas ce qu’on peut considérer prête. Je ne suis qu’anxiété. Les choses qu’on est prêt à endurer pour la passion… La fille qui m’accueille à l’entrée s’appelle Cassandra. Elle est mignonne comme tout, la moitié de sa tête est composée d’un énorme sourire et elle m’arrive aux chevilles. Il y a deux autres filles et elles sont tellement fines avec moi que je me dis : « Ça y est. Je suis dans The Stepford Wives. » Finalement, en apprenant à les connaître, j’ai réalisé qu’elles n’étaient pas des robots. Elles sont juste vraiment, vraiment gentilles.

 

C’est à mon tour. Audrée, la fille du email, vient me chercher. Dès que je l’ai vu, j’ai su qu’elle était mon âme sœur… C’était avant Michael Fassbender. Les choses ont changé depuis. J’entre dans la salle sombre, il y a quatre personnes et c’est tout. Je ne connais pas du tout le texte que je dois réciter. Je ne sais même quand commencer à chanter. J’ai peur que les robots à l’entrée viennent me tuer.

 

Tout se passe « ben correct ». Ce n’était pas fabuleux, mais personne n’est mort et j’ai un callback! Pas pour le rôle que je voulais, mais un callback, c’est un callback donc, tu vas arrêter de chialer et tu vas y aller. C’est-tu clair, ça?

 

Finalement, j’ai eu le rôle de Madame Morrible. L’année d’après, j’ai eu le rôle de la reine Aggraveine dans Il était un pois. Éventuellement, cette troupe est devenue le Phoenix Musical et je me suis attachée à ces gens un peu trop gentils et parfaits. C’est ma famille. Et la fille qui ne savait pas si elle savait chanter à 17 ans a compris bien des choses avec sa nouvelle famille : le talent, c’est une chose. Si vous en avez, félicitations. Mais l’important, c’est la passion. Si vous aimez ça, faites-le. Il n’y a personne qui va vous juger de chanter, danser et jouer des personnages sur une scène si c’est ça qui vous passionne! C’est tellement ridicule de se fermer des portes parce qu’on pense qu’on n’a pas le talent ! Et, pour vrai, si vous avez la passion, le talent viendra.

Croyez-moi.

 

**Les points de vue exprimés dans ces articles ne représentent pas et ne reflètent pas nécessairement les points de vue du Phoenix Musical.

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