Blonde, légale et féministe

Quand on pense à Legally Blonde, on voit rose, rose et, encore, rose. Donc, je sais qu’en voyant le titre de mon article, vous vous êtes dit: «J’vois pas en quoi la comédie musicale à propos d’une Barbie a rapport au féminisme. Au pire, si elle avait du poil sur les jambes, t’sais.» Eh bien, vous avez tous tort! Le féminisme, ce n’est pas juste du brûlage de brassières; il existe plusieurs types de féminismes[1] et cet exemple me permettra de vous aider à déconstruire vos idées préconçues. Ce concept sociopolitique est une réflexion à partir de laquelle les sexes et les genres ne sont pas traités de façon égale dans notre société au profit du sexe/genre[2] fort: le masculin[3]. En fait, cette comédie musicale déconstruit les stéréotypes patriarcaux selon lesquels le féminin est dévalorisé au profit du masculin et c’est ce qui fait que l’on peut dire que la pièce est féministe.

Dans Legally Blonde, le personnage principal peut être comparé, tel qu’exprimé dans l’ouverture, à une Barbie: il y a du rose et du brillant partout! Les décors, les costumes et les éclairages créent cette ambiance de maison de poupées lorsque le public est transporté dans l’environnement du personnage principal. Elle Woods décide, après une rupture avec Warner, de lui prouver qu’elle peut être aussi sérieuse et intelligente qu’une Jackie Kennedy. Elle s’inscrit donc à Harvard Law School à l’instar de son ex-copain, mais ce dernier est très sceptique.

Tout au long de la pièce, elle sera sous-estimée par ses collègues de classe ainsi que par ses professeurs à cause de son extrême féminité qui est renforcée par plusieurs numéros de chorégraphies grandioses et de performances vocales impressionnantes: par exemple, la scène où elle présente un numéro de fanfare en guise de lettre d’application à l’université. Ce genre de numéro permet de marquer la différence entre le sérieux de l’école d’Harvard et l’extravagance d’Elle Woods. Ces qualificatifs associés à la féminité sont fréquemment attribués à des personnages féminins naïfs, sensuels et fragiles. C’est une forme insidieuse de misogynie[4] lorsqu’on dévalue la féminité au profit de la masculinité: en d’autres mots, l’extrême féminité signifie faiblesse. Vous noterez, chers lecteurs, qu’habituellement les qualificatifs masculins (intelligent, fort et solide) sont valorisés et créditent automatiquement le personnage de façon positive en lui donnant validation et en justifiant sa place dans n’importe quel cercle social, professionnel ou autre. Bref, il est favorable, dans un contexte académique sérieux tel que Harvard, d’avoir des qualités dites masculines plutôt que des qualités dites féminines.

Aussi, vous remarquerez qu’il est rare de voir la féminité dépeinte de façon positive dans une œuvre culturelle; souvent, la représentation de la féminité s’inspire d’une essence d’enfant, de naïveté et de simplicité, bref d’une fille pré-pubère. Ici, de prime abord, le spectateur s’attend à voir une comédie romantique banale avec des blagues légères qui met en scène un personnage frivole et naïf à cause de l’extrême féminité du personnage principal. Toutefois, Elle Woods s’avère à être un personnage fort, logique, intelligent et qui applique son savoir à son avantage dans différentes situations. Les autres personnages la sous-estiment parce que sa force est cachée par son apparence ultra-féminine. Ainsi, cette trame narrative agit comme un miroir envers le public qui, lui-même, avait des préjugés envers Elle Woods et la pièce. Au fur et à mesure de l’histoire, le spectateur se rend compte que le bonbon rose cachait quelques éléments nutritifs après tout!

En plus, même si Elle Woods est jugée constamment par ses collègues et ses professeurs, elle persévère et démontre qu’elle mérite sa place en droit à Harvard. Elle ne change pas qui elle est fondamentalement; sa personnalité reste la même malgré le fait qu’elle doive faire plus d’efforts que ses collègues pour prouver sa valeur. Elle fait le choix de ne pas changer pour être prise au sérieux. Au contraire, elle réalise qu’elle sera une excellente avocate sans l’aide d’aucun homme. Tout ce schéma narratif représente bien le défi que les femmes doivent relever dans un contexte professionnel pour dépasser les préjugés qui leur sont attachés. Elles doivent prouver leur habileté à accomplir des tâches dites masculines dans le quotidien.

Donc, si vous n’êtes toujours pas convaincus que Legally Blonde est une pièce féministe, et bien, j’ajouterais que la comédie musicale présente une relation saine entre les personnages féminins. C’est vrai! On y représente la cohésion et la solidarité plutôt que la jalousie et la compétition entre les personnages féminins – souvent démontrés dans les œuvres culturelles au grand dam du public féminin. Elle Woods entraine les autres personnages féminins à se dépasser et à le faire indépendamment d’une présence masculine: Paulette (la coiffeuse) récupère son chien avec l’aide d’Elle en tenant tête à son ex-conjoint, Brooke (la vedette accusée du meurtre de son mari) choisit de faire confiance à Elle pour la défendre en cour et elle gagne sa cause.

Bref, telles que l’ont si bien écrit les blogueuses de Acro Collective, «Legally Blonde élève la féminité « frivole » au niveau du sérieux du masculin boy’s club – symbole fortement incarné par Harvard Law School[5]». Le personnage d’Elle Woods déconstruit le stéréotype selon lequel féminité et sérieux sont à deux pôles différents et présente une nouvelle façon de concevoir l’extrême féminité qui était considérée seulement comme une enveloppe, une question d’apparence, qui n’a rien à voir avec la capacité intellectuelle. La féminité peut être féministe. Elle Woods démontre qu’elle a autant de potentiel, sinon plus, que Warner à percer dans le domaine du droit américain. Tout compte fait, la comédie musicale qui a une apparence rose bonbon transcende les préjugés en plus d’être l’une des rares pièces où il y a autant de personnages féminins avec des chansons intéressantes pour la majorité d’entre elles : les amies de la sororité, Vivian, Paulette, etc.

Je conclurai en citant une publication vue sur Facebook afin de vous donner la motivation qu’il vous manque, peut-être, pour commencer les cours: «Essaie de vivre chaque jour de la même manière qu’Elle Woods après que Warner lui ai dit qu’elle n’était pas assez intelligente pour étudier en droit[6]».

Sur ce, bonne rentrée!

1 En effet, plusieurs théoriciennes et théoriciens ce sont penchés sur la question. Il s’agit d’un concept sociopolitique qui inclut plusieurs perceptions différentes au sein même du mouvement: par exemple, le féminisme libéral, le féminisme différentialiste, etc.

2 Sexe et Genre: le sexe est l’aspect biologique de la conception humaine alors que le genre est la construction sociale et identitaire de l’humain. Les études sur le sujet ont débuté au courant de la troisième vague du féminisme au début des années 90.

3 Synonymes et lexique féministe: patriarcat, société phallocentrique, suprématie masculine.

4 Misogynie: répression masculine sur le féminin, qui méprise les femmes.

5 Ma propre traduction.

6 Ibid.

 

**Les points de vue exprimés dans ces articles ne représentent pas et ne reflètent pas nécessairement les points de vue du Phoenix Musical.

Sources:

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